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LES DIEUX ONT SOIF


— Trouvez-vous ce dessin à votre goût, Monsieur Gamelin ?

Gamelin était incapable de feindre. Et l’amour, en enflammant son courage, exaltait sa franchise.

— Vous brodez avec habileté, citoyenne, mais, si vous voulez que je vous le dise, le dessin qui vous a été tracé n’est pas assez simple, assez nu, et se ressent du goût affecté qui régna trop longtemps en France dans l’art de décorer les étoffes, les meubles, les lambris ; ces nœuds, ces guirlandes rappellent le style petit et mesquin qui fut en faveur sous le tyran. Le goût renaît. Hélas ! nous revenons de loin. Du temps de l’infâme Louis XV, la décoration avait quelque chose de chinois. On faisait des commodes à gros ventre, à poignées contournées d’un aspect ridicule, qui ne sont bonnes qu’à être mises au feu pour chauffer les patriotes ; la simplicité seule est belle. Il faut revenir à l’antique. David dessine des lits et des fauteuils d’après les vases étrusques et les peintures d’Herculanum.

— J’ai vu de ces lits et de ces fauteuils, dit Élodie, c’est beau ! Bientôt on n’en voudra pas d’autres. Comme vous, j’adore l’antique.

— Eh bien ! citoyenne, reprit Évariste, si vous aviez orné cette écharpe d’une grecque, de feuilles de lierre, de serpents ou de flèches entre-