Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 1.djvu/343

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abandonner à la justice de Dieu, qui est le roi des nations, & qui fait punir les crimes des nations entières par des punitions nationales.

Je trouvois tant d’évidence dans toutes ces différentes réflexions, que j’eus une satisfaction inexprimable de n’avoir pas commis une action que la raison me dépeignoit aussi noire qu’un meurtre volontaire, & je rendis graces à Dieu à genoux d’avoir délivré mes mains du sang, en le suppliant de me sauver par sa providence de celles des barbares, & de m’empêcher de rien attenter contre eux, sinon dans la nécessité d’une défense légitime.

Je restai dans cette disposition pendant une année entière, si éloigner de chercher le moyen d’attaquer les sauvages, que je ne daignais pas une seule fois monter sur la colline pour examiner s’ils s’étoient débarqués ou non, toujours craignant d’être tenté par quelque occasion avantageuse de renouveler mes desseins contre eux. Je ne fis qu’éloigner de-là ma barque, & la mener du côté oriental de l’île, où je la plaçai dans une cavité que je trouvai sous des rochers élevés, & que les courans rendoient impraticables aux canots des sauvages.

Je vécus depuis de tems-là plus retiré que jamais, en ne sortant que pour m’acquitter de mes devoirs ordinaires ; savoir, pour traire mes chèvres