Page:Audubon - Scènes de la nature, traduction Bazin, 1868, tome 1.djvu/234

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.


quelques-uns de ceux que le fermier ne se fait pas faute d’appeler les siens ; même, de jeunes poulets seront quelquefois de délicieux morceaux pour lui et sa progéniture ; mais aussi combien de brebis, d’agneaux et de volailles lui sont redevables de leur salut ! Les plus intelligents de nos fermiers savent très bien que le corbeau détruit un nombre prodigieux d’insectes, de larves et de vers ; qu’il tue souris, taupes et rats, en quelque lieu qu’il les rencontre ; qu’il prend la belette, la jeune sarigue et la moufette ; qu’avec la persévérance d’un chat, il guette la tanière des renards dont il perce et enlève les petits ; nos fermiers savent aussi parfaitement qu’il les avertit de la présence du loup rôdant autour de leurs vergers, et qu’il n’entre jamais dans leurs champs de blé, sans qu’eux-mêmes ils en profitent. Oui, cher lecteur, le fermier connaît très bien tout cela ; mais ce qu’il connaît aussi, c’est sa propre force. Essayez de tous les moyens ; adressez-vous à son intérêt ou à sa pitié… L’oiseau est un corbeau ! et comme La Fontaine le dit avec tant de vérité et d’à-propos :


« La raison du plus fort est toujours la meilleure. »

Le vol du corbeau est puissant, égal, et par moments bien soutenu ; quand le ciel est calme et beau, il monte à d’immenses hauteurs où il plane plusieurs heures de suite, et bien qu’on ne puisse pas le dire léger, il s’élance cependant avec assez de vigueur pour pouvoir lutter avec différentes espèces de faucons et même avec des aigles, lorsqu’ils l’attaquent. Il manœuvre de façon