Page:Auguste Rodin - Les cathedrales de France, 1914.djvu/270

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Les cieux racontent la gloire de Dieu : les Cathédrales y ajoutent la gloire de l’homme. Elles offrent à tous les hommes un spectacle splendide, réconfortant, exaltant ; elles nous offrent notre propre spectacle, l’image éternisée de notre âme, de notre patrie, de tout ce que nous avons appris à aimer en ouvrant les yeux.

Quand l’artiste sera écouté, nous cesserons d’être aveugles aux magnificences familiales de ces monuments marqués du chiffre de France, sourds aux accents de ces cloches qui parlent notre langue.

Du haut des clochers de nos Cathédrales sonne l’espoir.

La bonté de la nature et le courage de l’artiste parviendront à tout rétablir dans l’ordre.

Ces vieux monuments recèlent tant d’ardeur ! Ils sont réellement si jeunes ! En les étudiant, j’ai retrouvé la jeunesse.

Pour mes contemporains, je suis un pont, unissant les deux rives, le passé au présent. J’ai vu souvent la foule hésiter devant ces masses énormes de l’architecture gothique, se demandant si elles sont vraiment belles. Qu’elle daigne m’agréer pour garant, avec Ruskin et tant d’autres maîtres, quand nous affirmons que cette architecture est d’une beauté sublime. Oh ! que ne puis-je faire cesser le malentendu qui détourne d’elle ceux-là mêmes auxquels elle est dédiée !…

Pourquoi admire-t-on, — universellement, je crois bien, — les Grecs, les Égyptiens, les Persans ? Est-ce que la rareté des œuvres grecques, égyptiennes, persanes, ne leur confère pas une valeur de plus ? N’ont-elles pas gagné, à chacune des blessures que leur a faites le temps, un mérite, une dignité de plus ? — Prenez-y donc garde : les violences des vandales de tous les temps et les coupes sombres qu’on y pratique de nos jours ont donné aux monuments martyrisés du Moyen Âge le cachet de rareté que vous goûtez dans ceux de la Perse, de l’Égypte et de la Grèce.


J’ai déjà dit que les coups de la violence ne sont pas mortels. Il faut les condamner, bien entendu, il faudrait les prévenir, et je voudrais qu’on amenât devant nos vieilles églises les conseillers municipaux de France, qu’on tâchât de leur faire comprendre la valeur de ces mains, de ces visages, de ces plis de vêtements, de tout l’ensemble qu’ils détruisent…