Page:Austen - Emma.djvu/112

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gardèrent le silence pendant le reste du trajet qui fut plus long que de coutume, les craintes de M. Woodhouse ayant eu pour conséquence de les faire avancer au pas ; ils étaient tous deux profondément mortifiés et la situation eût été embarrassante si l’intensité de leur émotion leur avait permis d’éprouver de la gêne. Soudain la voiture s’arrêta à la porte du presbytère et M. Elton descendit vivement ; Emma se crut forcée de lui souhaiter le bonsoir : il répondit à sa politesse d’un ton de dignité offensée. Elle se retrouva seule en proie à une sourde irritation et quelques instants après elle arrivait à Hartfield.

Elle fut accueillie avec la plus grande joie par son père qui n’avait cessé de trembler à l’idée des dangers auxquels il la jugeait exposée, seule depuis Vicaragelane aux mains d’un cocher quelconque ! Tout le monde du reste l’attendait avec impatience et sa venue parut rétablir le calme général ; M. Jean Knightley, honteux de sa mauvaise humeur, était maintenant plein de bonne grâce et d’attentions ; il s’occupait avec la plus grande sollicitude du confort de M. Woodhouse ; et s’il ne poussait pas le dévouement jusqu’à accepter une tasse de bouillie, il était tout prêt à reconnaître l’excellence de cet aliment. La journée finissait heureusement pour tout le monde, sauf pour Emma ; son esprit n’avait jamais connu une telle agitation, et il lui fallut faire un grand effort sur elle-même pour paraître attentive et joyeuse jusqu’à l’heure habituelle de la séparation.


XVI


Ses cheveux nattés et la femme de chambre renvoyée, Emma s’assit pour réfléchir à la triste situation qu’elle avait provoquée : c’était