Page:Banville - La Lanterne magique, 1883.djvu/245

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CAMÉES PARISIENS. 229 mais on dirait qu il a été bâti avec le même marbre que ceux des Titans. Les yeux enfoncés, mais dont la prunelle est d’une intensité sans égale, semblent dire à l’univers : Arrête-toi et pose. Les coins des lèvres tombent main- tenant; le nez, aux narines ouvertes, est un peu trop loin de la bouclie; mais tout cela exprime une patience d’airain, et les joues semblent avoir été sculptées dans un roc. A soixante-quinze ans, le grand Ingres sépare au milieu de sa tête sa forêt de cheveux gris pour ressem- bler au jeune Raphaël, mais il ne parvient pas à être ridicule. Son visage auguste et obstiné ne peut pas plus faire rire que la massue d’Hercule ou le maillet de Michel - Ange. . — ANAIS FARGUEIL Sur cette tête éclate l’intelligence, — c’est le mot exact, — une intelligence immense, démesurée, univer- selle comme celle du gamin de Paris, qui, de même que les Dieux, connaît tout, a tout vu, tout pressenti, tout deviné, l’avenir et le passé lui-même. Cette intelligence, fouettée par une volonté suprême, est devenue... tout : esprit, grâce, jeunesse, charme. Elle a éclairé ces yeux de muse; elle a pétri ce petit nez distingué et moqueur, cette bouche mélancolique et persuasive, ce bel ovale, ce front haut et pur, ces oreilles malignes, cet arc de