Page:Banville - La Lanterne magique, 1883.djvu/73

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à peine si j’ai mon tabac à la fève et mon pauvre café au lait. Alors, qu’est-ce que tu veux ?

— Je veux, dit Brigitte, travailler et rester, honnête.

— Honnête ! honnête ! hurle la vieille, ivre de rage. Décidément je n’ai pas de chance : il n’y en a qu’une, et ça tombe sur moi ! Voyons, veux-tu ?

— Jamais !

— Ah ! jamais ! vocifère madame Lalouette, devenue cramoisie. Et saisissant un pot égueulé qu’elle brandit, et finalement brise en morceaux sur le dos maigre de la petite victime :

— « Salope ! » dit-elle.


XXXVI. — PARESSE

Louis Felter est à demi couché sur un divan de soie grise brodée de fleurs pâles. Sur ce même divan, non loin de lui, est étendue sa belle maîtresse Lydie, vêtue seulement d’un transparent peignoir de gaze et les cheveux dénoués. Tout près, sur une table de nacre couverte d’un moelleux tapis persan aux couleurs effacées, le poète voit réunis le livre de Leconte de Lisle qu’il préfère entre tous, et toutes les fumeries, et des roses coupées, et des boissons glacées préparées dans les verres avec des chalumeaux de paille. Pour se procurer la volupté qu’il choisira, il n’a qu’à étendre la main ; mais