Page:Banville - Petit Traité de poésie française, 1881.djvu/285

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du nez un peu plus inclinée que dans les statues, n’offraient ce caractère d’étrangeté naïve qui n’a manqué à aucune des figures de la Renaissance.

Sur la noble poitrine de celle que le poëte nomme sa guerrière, tombe un éclatant joyau suspendu à une chaîne d’or, comme l’insigne de quelque ordre d’amour chevaleresque. Telle, en effet, devait être représentée la première muse de Ronsard. Pour lui, vêtu à l’antique d’une sorte de cuirasse d’or niellé sur laquelle se drape fièrement un manteau à dentelures, coiffé d’un grand laurier, posé comme un triomphateur et comme un demi-dieu, il apparaît dans cette estampe avec l’attitude que lui conserveront, malgré tout, les âges futurs. Après avoir été l’idole de la France entière, Ronsard a pu trouver l’oubli et l’indifférence ; sa statue, renversée du haut piédestal sur lequel elle semblait avoir été dressée pour jamais, a pu être traînée dans la fange et y rester ensevelie pendant des siècles ; mais du jour où une main pieuse l’arrachait à l’infamie, elle s’est relevée idole. Car ce ne peut être en vain que Ronsard a été sacré prince des poëtes, et que Marguerite de Savoie, Marie Stuart, la reine Élisabeth, Charles IX, Le Tasse, Montaigne, de Thou, L’Hospifal, Du Perron, Galland, Passerat, Scaliger ont reconnu à l’envi cette royauté. Mais,