Page:Banville - Socrate et sa Femme, 1886.djvu/41
La bibliothèque libre.
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
- Socrate, suivant sa pensée.
- Ainsi, vers la clarté des abîmes profonds
- Dans lesquels se répand la vie universelle,
- Emportant mon esprit et ma force avec elle,
- Xantippe va s’enfuir, et je la pleure. Mais
- D’ailleurs pourquoi ne pas le dire ? Je l’aimais !
- Xantippe, à elle-même.
- Que dit-il ! Cette joie est pour moi la première.
- Il m’aime !
- Myrrhine, à Xantippe.
- Puisqu’enfin tu revois la lumière,
- Vite, appelons le maître. Il faut le consoler.
- Appelant Socrate, qui ne l’entend pas.
- Socrate !
- Xantippe, mettant sa main sur la bouche de Myrrhine.
- Ne dis rien. Non, laisse-le parler.
- Socrate, avec un sentiment profond.
- Je l’aimais, car fidèle épouse d’un pauvre homme,
- Elle vivait pour moi, probe, sobre, économe.
- Ordonnant la maison, voyant tout par ses yeux,
- Elle était ma compagne et me chérissait mieux
- Que ceux dont la douceur louangeuse me flatte.
- Je l’aimais et je l’aime encore.
- Xantippe, courant à Socrate.
- Cher Socrate !
- Quoi ! Tu m’aimais !
- Socrate.
- Xantippe ! Elle, Dieux immortels !