Page:Barni - Fragments inédits sur Condorcet.djvu/19

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spirituellement, que la liste des candidats serait très difficile à faire et qu’elle donnerait lieu à de laborieux scrutins ». Mais ne faut-il pas que ceux qu’on est convenu d’appeler des rêveurs justifient toujours par quelque endroit, ne fut-ce que pour rendre l’injustice moins criante, l’épithète qu’on leur décerne si volontiers ? — Est-ce au pays des rêves qu’il faut renvoyer une autre dissertation de 1790 sur l’admission des femmes au droit de vote ? Je n’oserai le dire. Ce qu’il y a de sûr aussi c’est que Condorcet a été ici le précurseur d’un mouvement très réel qui se fait dans ce moment en Amérique, en Angleterre, en France, à Genève, et qu’on ne refoulera pas uniquement par des quolibets. Ce qu’il y a de sûr aussi c’est que nous avons dans nos codes de très grandes injustices à réparer envers les femmes, et, plus nous hésiterons dans l’intérêt de leur bonheur comme dans celui du nôtre, à leur accorder les droits politiques, plus nous devons nous empresser de réparer ces injustices. Comment leur persuader autrement qu’elles n’ont pas raison de réclamer leur part dans la confection des lois que nous leur imposons, et dans le gouvernement d’une société qui les traite en mineures ? Mais je ne veux pas substituer ma pensée à celle de Condorcet[1] Il faut du moins que je fasse comprendre celle-ci, telle qu’il l’expose dans la dissertation que nous avons rencontrée sur notre passage. Suivant lui, pour que l’exclusion qui enlève aux femmes le droit de cité ne fût pas un acte de tyrannie, il faudrait ou prouver que les droits natu-

  1. Barni a longuement exposé son point de vue sur le vote des femmes dans sa Morale dans la démocratie, p. 126-138. O. K.