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quelque temps après, depuis l’événement fatal qui a ôté à tous les honnêtes gens l’espérance et le courage. J’ai attendu que ma colère fut un peu passée et qu’il ne me restât plus que de l’affliction. Cet événement a changé pour moi toute la nature. Je n’ai plus le même plaisir à regarder ces belles campagnes où il eut fait naître le bonheur. Le spectacle de la gaîté du peuple me serre le cœur : ils dansent comme s’ils n’avaient rien perdu. »

Condorcet avait accepté de Turgot un modeste emploi d’inspecteur des monnaies, le priant, « quoique peu riche », de ne rien faire de plus pour lui en ce moment, et refusant — ainsi que d’Alembert et Charles Bossut[1] — les appointements que le contrôleur général lui avait offerts pour une autre fonction publique relative aux questions de navigation intérieure au sujet desquelles ce ministre avait aussi conçu un vaste plan. Lorsque Necker prit la place de Turgot, Condorcet s’empressa d’envoyer à M. de Maurepas sa démission d’inspecteur des monnaies, en la motivant dans les termes suivants : « Je me suis prononcé trop hautement sur les ouvrages de M. Necker et sur sa personne pour que je puisse garder une place qui dépend de lui. Je serais fâché d’être dépouillé et encore plus d’être épargné par un homme dont j’aurais dis ce que ma conscience m’a forcé de dire. Permettez donc que ce soit entre vos mains que je remette ma démission. »

Condorcet ne s’était pas seulement donné la tâche de

  1. Mathématicien célèbre, 1730-1814. Auteur d’un Essai sur l’histoire générale des mathématiques, de Recherches sur la construction la plus avantageuse des digues, d’un Discours sur la vie et les œuvres de Pascal et éditeur de ces dernières.
    O. K.