Page:Berkeley - Les Principes de la connaissance humaine, trad. Renouvier.djvu/63

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40. Mais quelque explication qu’on puisse donner, il se trouvera peut-être encore quelqu’un pour répliquer qu’il veut plutôt croire au témoignage de ses sens, et qu’il n’admettra jamais que des arguments, si plausibles soient-ils, prévalent contre leur certitude. Qu’il en soit donc ainsi. Affirmez l’évidence des sens aussi haut qu’il vous plaira. Je suis prêt à en faire autant. Ce que je vois, ce que j’entends, ce que je sens existe ; c’est-à-dire que je le perçois, et je n’en doute pas plus que de ma propre existence. Mais je ne vois point comment le témoignage des sens peut être allégué en preuve de l’existence de quelque chose qui n’est pas perçu par les sens. Je n’ai nul désir de porter qui que ce soit au scepticisme et de le faire douter de ses sens. Au contraire, j’accorde aux sens toute la force et toute la certitude imaginables, et il n’y a pas de principes plus opposés au scepticisme que ceux que j’ai établis. On le verra clairement dans la suite.

41. Secondement, on objectera que la différence est grande entre le feu réel, par exemple, et l’idée du feu, entre rêver ou imaginer qu’on se brûle, et se brûler effectivement. [Si vous soupçonnez que ce n’est que l’idée du feu, ce que vous voyez, portez-y la main, et vous trouverez un témoignage convaincant.] On peut attaquer nos doctrines par des arguments de ce genre. Ils ont tous évidemment leur réfutation dans ce qui a déjà été dit. J’ajouterai seulement ici que si le feu réel diffère beaucoup de l’idée du feu, la douleur réelle qu’il occasionne est aussi très différente de l’idée de cette même douleur, et cependant personne ne prétendra que la douleur réelle existe, ou qu’il soit possible qu’elle existe en une chose non percevante, ou hors de l’esprit ; pas plus que ne fait son idée.

42. Troisièmement, on objectera que nous voyons effectivement les choses hors de nous, à distance, et qu’elles ne peuvent par conséquent exister dans l’esprit, attendu qu’il est absurde que des choses que nous voyons à quelques milles de distance soient aussi près de nous que nos propres pensées. En réponse à ceci, je désire qu’on remarque qu’en rêve nous percevons des choses à de grandes distances de nous, et que pourtant nous reconnaissons tous bien que ces choses existent dans l’esprit seulement.

43. Mais pour l’éclaircissement de ce point, il est bon de