Page:Bloy - Les Dernières Colonnes de l’Église, Mercure de France, 1903.djvu/25

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encore écrivant dans son lit mécanique entouré d’« êtres chéris », continuellement réparé par l’infatigable chirurgien qui lui « sauve la vie » tous les quinze jours et « rêvant d’innocence immortelle » entre les fioles et les vases. Aussi longtemps que dura son mal, nous priva-t-il, une seule fois, du récit de ses douleurs ? Quelqu’un eut-il le droit d’ignorer les vicissitudes cruelles de sa digestion ou les poignantes péripéties de son uretère ? Eh bien ! ce moribond sans cesse ajourné trouvait la force de nous consoler et de nous instruire. Et quelle surprenante, juvénile et délicieuse fantaisie ! Quelle liquidité de style, quelle transparence, quelle fluidité de pensée ! Quelle lecture pour les familles !

Un jour il s’attendrissait sur une vieille malle ; un autre, il se comparaît lui-même à une source pure souillée bientôt par les blanchisseuses et devenue plus loin un vaste fleuve qui recevait dans ses ondes les désespérés et les charognes ; un autre jour encore, il protégeait la religion — déjà ! — et, avec cette acuité de regard et ce mer-