Page:Botrel - Contes du lit-clos, 1912.djvu/16

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Les hommes causent politique
Et le mot français « République »
Parmi le breton retentit ;
Ce sont les jeunes qui le disent,
Car les vieillards toujours prédisent
Le Roi qu’on leur a tant prédit !

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

Tout à coup, voilà que s’élève
Une tremblante voix de Rêve
Qui semble sortir du Lit-clos :
Les hommes se taisent, les filles
Ne font plus danser leurs aiguilles,
Non plus les femmes leurs fuseaux ;

Car celle qui parle est l’Ancêtre !
Son âge ? Elle seule, peut-être,
Pourrait le dire désormais :
On va, répétant à la ronde
Qu’Elle est vieille comme le Monde
Et qu’Elle ne mourra jamais ;

La Nuit obscurcit sa prunelle
« …Et c’est tant mieux, murmure-t-elle,
Aujourd’hui le Monde est si laid ! »
Elle est sourde… mais d’une oreille,
Car la gauche entend à merveille…
Mais n’entend que ce qui lui plaît !