Page:Botrel - Contes du lit-clos, 1912.djvu/24

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



— « Qui donc es-tu, gâs imbécile
« Qui, hier déjà, m’as dérangé !… »
— « C’est un gueux qui demande asile
« Sans vouloir être interrogé !… »

— « Voudrais-tu donc que je me lève
« Par ce froid, pour aller t’ouvrir ? »
Et tout en pleurant, vers la grève
J’entendis le gueux s’encourir…

Mais, quand vint l’aurore vermeille,
Sur ma porte, tout frémissant,
Près des cinq doigts gris de la veille
J’aperçus une main de sang !!!


Et, la troisième nuit, ma porte
Fut heurtée encore une fois
Pendant que, douloureuse et forte,
Dehors, me parlait une voix :

— « Ouvre, Loll[1] ! ouvre à l’âme en peine
« D’un pécheur qui voudrait prier
« Jusqu’à l’aube, déjà prochaine,
« Sur la pierre de ton foyer !… »

À peine eus-je le temps de dire :
— « Mon foyer n’est pas un autel ! »
Que j’entendis un rire… un rire
Qui me glaça d’un froid mortel ;

  1. Diminutif d’Olivier