Page:Buffenoir - Cris d’amour et d’orgueil, 1887-1888.djvu/3

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Et c’est pour endormir le chagrin de l’absence,
C’est afin de calmer ma peine et mon tourment
Que j’évoque ces jours et cette renaissance,
Et que je viens chanter ce fol enivrement.

Mais le chant le plus beau, le plus vrai, le plus tendre
Consacre seulement les paradis perdus,
Sans apporter la vie à qui meurt de l’attendre,
Et sans ressusciter le bonheur qui n’est plus.

La vie ! — Elle est pour moi dans ta puissante étreinte,
Elle est dans ton sourire, elle est dans ton baiser :
Elle est dans les chemins marqués de ton empreinte,
Et dans les sentiers verts qui nous ont vus passer.

Reviens donc ! oh ! reviens ! Cette rive t’appelle !
Les forets et les monts, le matin et le soir
Tout ici m’interroge et dit : où donc est-elle ?
Tout s’attriste et s’émeut de ne plus te revoir !

Reviens aimer encor devant cette nature.
Devant ces horizons, ces coteaux rajeunis,
Confidents embaumés de la tendre aventure
Qui nous charme et qui veut que nos cœurs soient unis !



LA JEUNE SICILIENNE


La jeunesse est une fleur dont
l’amour est le fruit… Heureux le
vendangeur qui le cueille après
l’avoir vu lentement mûrir !

Pindare

.

I


Voyageur attiré par les splendeurs de l’Art,
J’avais franchi le seuil d’une église célèbre,
Et, marchant à pas lents, je cherchais du regard
Les chefs-d’œuvre taillés dans le marbre funèbre.

J’admirais les tombeaux, les lampes d’or massif
Qui brûlent nuit et jour devant le tabernacle :
Leurs discrètes lueurs m’avaient rendu pensif
Comme un croyant qui tremble à la voix d’un oracle.

Qui n’a des souvenirs, et ne devient rêveur
Au fond d’un sanctuaire aux piliers séculaires ?
Qui ne sent s’éveiller quelque antique ferveur
Dans les temples remplis d’ombres crépusculaires ?