Page:Buffenoir - Cris d’amour et d’orgueil, 1887-1888.djvu/5

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Pourquoi ton souvenir si candide et si pur
En moi s’est-il gravé, jeune fille inconnue ?
Pourquoi, lorsqu’apparaît ton image ingénue,
Vois-je un point lumineux dans l’avenir obscur ?

Ambitions du cœur, énigmes caressantes,
Pourquoi vous dressez-vous devant chaque mortel
Comme un sphinx enchanteur, famélique et cruel ?
Et pourquoi chaque jour êtes-vous renaissantes ?

Convoitises du rêve, ô désirs frais éclos,
Pourquoi tourmentez-vous sans cesse notre vie ?
Et pourquoi si souvent notre âme inassouvie
Veut-elle s’élancer vers des bonheurs nouveaux !

Devant l’aube qui verse aux plaines sa rosée,
J’abandonne à l’oubli les soleils révolus ;
Les Avrils expirés ne me captivent plus
Lorsqu’un autre printemps a séduit ma pensée.

Tout s’efface, tout meurt ! Notre jour le plus beau
N’apaise point, hélas ! la soif qui nous dévore ;
Un désir plus ardent nous guette à chaque aurore,
Et nous gagnons ainsi le chemin du tombeau !


III


Tandis que tu priais, jeune Sicilienne,
Agenouillée au pied des tabernacles d’or,
J’admirais tes yeux noirs, ta main praticienne,
Ton sein fier et tremblant dans son pudique essor.

Et tu me rappelais les filles de la Grèce
Qui venaient autrefois avec naïveté
Interroger Vénus, l’indulgente déesse,
Et qui lui faisaient don de leur virginité.

Enfant, que demandait la craintive prière ?
Pour qui formait des vœux ton cœur adolescent ?
Et que te répondait la Madone de pierre
Debout sur les autels du temple éblouissant ?

L’amour, je le devine, en toi voulait éclore ;
Tu sentais sa blessure en secret t’envahir,
Et nul parmi les tiens ne le savait encore…
Seuls, tes yeux adorés auraient pu te trahir.

L’amour !… Qui donc l’a fait surgir en tout ton être ?
Est-ce un beau cavalier que tu vois le matin
À travers les rideaux brodés de ta fenêtre,
Et qui passe au galop avec un air hautain ?

Est-ce un doux compagnon, un jeune homme timide
Qui n’ose te parler quand il est près de toi ?