Page:Burnouf - Introduction à l’histoire du bouddhisme indien.djvu/33

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ainsi sous sa direction, et par une pratique anticipée, aux fonctions de l’enseignement, en même temps qu’il les obligeait à porter dans leurs propres études plus de clarté par la nécessité de les transmettre aux autres.

On a reproché plus d’une fois à M. Eugène Burnouf de faire un cours trop élevé ; on aurait voulu de lui des leçons plus élémentaires, de même qu’on lui demandait aussi une grammaire de la langue sanscrite, qu’il possédait si merveilleusement. Il ne s’est jamais rendu à ces vœux, tout légitimes qu’ils pouvaient paraître, bien qu’il y ait songé souvent, et il a certainement maintenu son cours dans les régions les plus hautes. Je crois qu’il a eu raison. Dans l’état où se trouvaient les études sanscrites quand il entra au collége de France, les livres élémentaires ne manquaient plus. Les commençants pouvaient trouver sans peine les secours qui leur étaient nécessaires ; d’année en année, ces secours se multipliaient et devenaient de plus en plus accessibles. M. Eugène Burnouf, sans dédaigner le soin de ces travaux préliminaires, croyait mieux servir la science en le laissant à d’autres mains que les siennes. Je ne nie pas qu’une grammaire sanscrite de lui ne nous eût été fort utile ; mais il aurait été bien à regretter qu’elle nous coûtât le moindre des travaux qu’il a pu accomplir, sans d’ailleurs les achever. Les excellentes grammaires que nous possédons peuvent nous suffire ; et lui seul était en mesure de nous révéler le zend et de nous ouvrir le berceau du bouddhisme. La science doit donc l’absoudre ; des leçons comme les siennes sur les hymnes du Véda étaient plus précieuses et plus rares que des leçons sur la déclinaison et la conjugaison sanscrites.

On sait maintenant à peu près ce qu’a été M. Eugène Burnouf comme professeur, comme érudit, comme philologue. Il me reste pour terminer cette notice à marquer précisément le trait qui distingue son talent de tout autre, et qui en demeurera le caractère ineffaçable auprès de la postérité. Je ne parle pas de l’étendue de ses labeurs, de sa persévérance que rien ne pouvait rebuter, de sa sagacité qui devinait tout, de sa facilité de travail, de l’immensité de sa mémoire, de la netteté et de la justesse de son esprit, de la variété de ses connaissances. Ce sont là, sans doute des qualités du plus haut prix et qu’il a possédées à un degré fort rare ; mais bien d’autres que lui les ont eues et en ont fait aussi un digne usage ; ce qui n’est qu’à lui, c’est sa méthode avec l’emploi supérieur qu’il en a su faire. J’en ai déjà dit quelques mots au début de cet article ; j’y dois insister en finissant.

D’une manière toute générale, la méthode n’a plus de secrets pour les bons esprits depuis Bacon et Descartes, et surtout depuis les applications si heureuses et si frappantes que les sciences en ont tirées dans ce dernier siècle. L’observation a ses lois essentielles qu’il n’est plus permis de méconnaître et qu’on n’enfreint jamais qu’avec la certitude de se perdre ; personne dans la science ne peut aujourd’hui les ignorer. Il n’y a donc point, à proprement parler, de découvertes possibles en fait de méthode. Mais ce qui est toujours possible, c’est d’étendre la méthode dès longtemps connue et pratiquée à des sujets nouveaux, et par là de faire faire à la science des progrès constants et assurés. Telle est la gloire de ceux qu’on appelle des inventeurs ;