Page:Cahiers du Cercle Proudhon, cahier 5-6, 1912.djvu/23

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l’essor d’un mouvement ouvrier de grande allure et qui ne suit pas une simple variante de ces mouvements démagogiques, de ces luttes stériles entre riches et pauvres, entre gras et maigres, qui ont signalé toutes les époques de décadence et précipité la ruine des États où elles se livraient ? Vous prêchez le malthusianisme à des malheureux qui n’imitent déjà que trop l’ignoble prudence bourgeoise ; le sabotage, à un peuple à qui il faut réapprendre, parce que l’esprit démocratique lui en a fait perdre le sens, la grandeur, la beauté et la noblesse des idées de métier ; l’antipatriotisme, à des masses qu’un pacifisme tout bourgeois ne prédispose déjà que trop à l’abdication nationale et qui ne comprend la chose que sous la forme lâche et simple de la désertion et de l’insoumission ; vous vous faites, au sein des classes ouvrière et paysanne, les propagateurs des pires idées de la décadence bourgeoise, et, comme disait ce grand corrupteur de Jaurès en un jour de sincérité, vous inoculez au peuple naissant la corruption de la bourgeoisie finissante ! Est-ce là, croyez-vous, travailler au triomphe de la Révolution ? Et celle-ci doit-elle s’installer sur les ruines de la France, c’est-à-dire sur le désert et le néant ?

Vous vous dites antimilitaristes. Fort bien, et si votre antimilitarisme signifie que vous protestez contre l’emploi que fait un État de classe d’une armée transformée en bonne à tout faire, j’applaudis. Il n’y a rien d’ailleurs de plus opposé au véritable esprit militaire que cet esprit d’obéissance passive et de loyalisme servile que la démocratie a développé dans l’armée. Je n’en veux pour témoin que la brochure du général Donop, Obéissance et Commandement. La bourgeoisie pense évidemment, en conservant l’armée, beaucoup plus à l'ennemi de l’intérieur qu’aux ennemis du dehors,