Page:Chamfort - Œuvres complètes éd. Auguis t4.djvu/253

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je sus m’en prévaloir : une orgueilleuse loi
défendait que l’hymen assujétît sa foi ;
cette loi fut proscrite ; et la terre étonnée
vit un sultan soumis au joug de l’hyménée.
Je goûtai, je l’avoue, un instant de bonheur ;
mais bientôt, mon cher fils, lasse de ma grandeur,
une langueur secrète empoisonna ma vie ;
je te reçus du ciel, mon âme fut remplie.
Ce nouvel intérêt, si tendre, si pressant,
répandit sur mes jours un charme renaissant ;
j’aimai plus que jamais ma nouvelle patrie ;
la gloire vint parler à mon âme agrandie ;
j’enflammai d’un époux l’heureuse ambition ;
près de son nom peut-être on placera mon nom.
Eh bien ! Tous ces surcroîts de gloire, de
puissance,
c’est à toi que mon cœur les soumettait d’avance ;
c’est pour toi que j’aimais et l’empire et le jour ;
et mon ambition n’est qu’un excès d’amour.


ZÉANGIR.


Ah ! Vous me déchirez… mais quoi ! Que faut-il
faire ?
Faut-il tremper mes mains dans le sang de mon
frère ?
Moi qui voudrais pour lui voir le mien répandu !


ROXELANE.


Quoi ! Vous l’aimez ainsi ? Dieu ! Quel charme
inconnu
peut lui donner sur vous cet excès de puissance ?


ZÉANGIR.


Le charme des vertus, de la reconnaissance,
celui de l’amitié… vous me glacez d’effroi.


ROXELANE.


Adieu.