Page:Chapman - Les Fleurs de givre, 1912.djvu/19

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Le Long-Saut, quatre jours plus tard, voit la poignée
De ces héros obscurs, maniant la cognée,
Réparer un vieux fort construit, non loin d’un mont,
Par des Indiens amis… Ils s’y retrancheront
Pour attendre, en silence, au guet, dans la prière,
Les démons tatoués sur le sentier de guerre.
Et, pendant que Dollard se prépare au combat,
Le voile de la nuit s’étend ; le vent s’abat ;
La paix de l’infini descend sur la redoute ;
Pas un bruissement de feuille sous la voûte
De la forêt ne rompt le calme solennel
Qui plane sur le mont comme sur un autel :
Seul le grondement sourd des cascades prochaines,
Coupé du sifflement des haches sur les chênes
Et les pins entourant l’étroit rempart de pieux,
Émeut le grand désert sauvage et giboyeux ;
Et si quelque chasseur, marchant à l’aventure,
Passait près du fortin caché par la ramure
D’arbres portant leur cime altière jusqu’aux cieux,
Sans doute il entendrait ― murmure harmonieux
Où palpitent l’espoir, l’amour et le mystère ―
Les Français réciter, front nu, le Notre Père
Cependant le sommeil clôt plus d’un œil lassé
Dans la redoute obscure où tout bruit a cessé.
Mais le chef des vaillants, toujours anxieux, veille
Et penche, à tout moment, au dehors son oreille,