Page:Chapman - Les Fleurs de givre, 1912.djvu/20

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Et, comme auréolé d’un étrange reflet,
Pieusement dans l’ombre égrène un chapelet
Qu’au moment de quitter la côte d’Armorique
Il reçut, disait-il, d’une main angélique.
Tout à coup, dominant la voix sourde des eaux,
Un hurlement éclate au milieu des roseaux
Que les flots du rapide effleurent et balancent…
Et huit cents Iroquois pêle-mêle s’élancent
Contre la palissade… Échevelés, hagards,
Fougueux comme chacals, panthères et jaguars,
Avec de lourds leviers de chêne ouvrant des brèches
Dans le fort, ils y font grêler pierres et flèches.
En vain les Blancs du plomb de leurs mousquets tonnants
Criblent-ils les nombreux agresseurs étonnants
D’agilité féline et d’audace féroce ;
En vain font-ils sur eux pleuvoir les coups de crosse ;
En vain labourent-ils du bout de longs épieux
Leurs bras nus et sanglants crispés autour des pieux ;
En vain leur lancent-ils leurs haches à la tête :
Rien ne les déconcerte et rien ne les arrête.

À tout prix l’ennemi veut lutter corps à corps.
Mais toujours Dollard voit avorter ses efforts ;
Toujours le grand Breton et sa petite armée
Repoussent, triomphants, la horde décimée.
Et les corps pantelants de deux cents Iroquois
Jonchent déjà le sol épouvanté des bois,
Et plus d’un assiégé, percé d’un dard, succombe.