Page:Chapman - Les Fleurs de givre, 1912.djvu/21

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Le ciel resta serein devant cette hécatombe,
Et la lune, glissant ses rayons à travers
L’épaisse frondaison des chênes déjà verts,
Jusqu’à l’aube éclaira l’attaque forcenée
Des guerriers infernaux.
                                    Cette lutte acharnée
― Les Iroquois battus reçurent du secours ―
Se poursuivit ainsi durant douze longs jours.
Confondus, furieux et fous, les cannibales,
Incessamment courbés sous l’ouragan des balles,
Hurlaient comme les loups harcelés par la faim,
Mais, sûrs de triompher, renouvelaient sans fin
L’assaut du fort tremblant et troué comme un crible.
Tandis que, dévorés d’une soif indicible,
Qui força les Hurons à déserter, un soir,
Les Français combattaient sans renfort, sans espoir,
Tour à tour ripostant et priant Dieu dans l’ombre.
Ils avaient vu périr la moitié de leur nombre,
Et plus déterminés que jamais à mourir,
Dollard et ses héros brûlaient d’un seul désir :
Stupéfier par des miracles de courage
Les Peaux-Rouges de plus en plus ivres de rage.
 
Mais quel est donc le feu qui brûle dans le cœur
Du soldat et lui fait, en déroute ou vainqueur,