Page:Corneille - Marty-Laveaux 1910 tome 1.djvu/347

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ÉRASTE.


Courage ! tout va bien, le traître m’a fait place ;
Le seul qui me rendoit son courage de glace,
D’un favorable coup la mort me l’a ravi.


CLITON.


Monsieur, ce n’est pas tout, Mélite l’a suivi.


ÉRASTE.


Mélite l’a suivi ! que dis-tu, misérable ?


CLITON.


Monsieur, il est trop vrai : le moment déplorable 288
Qu’elle a su son trépas a terminé ses jours.


ÉRASTE.


Ah ciel ! s’il est ainsi…


CLITON.


Ah ciel ! s’il est ainsi…_Laissez là ces discours,
Et vantez-vous plutôt que par votre imposture
Ces malheureux amants trouvent la sépulture 289,
Et que votre artifice a mis dans le tombeau
Ce que le monde avoit de parfait et de beau.


ÉRASTE.


Tu m’oses donc flatter, infâme, et tu supprimes 290
Par ce reproche obscur la moitié de mes crimes ?
Est-ce ainsi qu’il te faut n’en parler qu’à demi ?
Achève tout d’un coup : dis que maîtresse, ami 291,
Tout ce que je chéris, tout ce qui dans mon âme
Sut jamais allumer une pudique flamme,
Tout ce que l’amitié me rendit précieux,
Par ma fourbe a perdu la lumière des cieux 292 ;


288. Var. Monsieur, il est tout vrai : le moment déplorable. (1633-60)

289. Var. Ce pair d’amants sans pair est sous la sépulture. (1633-57)
Var. Ces malheureux amants treuvent la sépulture. (1660)

290. Var. Tu m’oses donc flatter, et ta sottise estime
M’obliger en taisant la moitié de mon crime ? (1633-57)

291. Var. Achève tout d’un trait : dis que maîtresse, ami. (1633-57)

292. Var. Par ma fraude a perdu la lumière des cieux. (1633-57)