Page:Dickens - Nicolas Nickleby, trad. La Bédollière, 1840.djvu/148

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CHAPITRE XXIV.

— Voici Londres enfin ! s’écria Nicolas jetant derrière lui sa redingote et réveillant Smike d’un long sommeil. Il me semblait que je n’arriverais jamais.

Ils suivirent les rues de Londres, bruyantes et encombrées, éclairées d’une double rangée de brillants lampadères, étincelantes des reflets variés des pharmacies, illuminées des clartés qui partaient des carreaux des boutiques, où se succédaient avec profusion la bijouterie, la soie, le velours et les plus somptueux ornements.

Dans leur route à travers ces objets changeants et divers, il était curieux de voir l’étrange procession qui leur passait sous les yeux. Des magasins de vêtements magnifiques, dont la matière première venait de tous les coins du monde ; des comestibles de toute sorte, pour stimuler l’appétit rassasié et donner de nouveaux attraits aux fêtes gastronomiqnes ; de la vaisselle d’or et d’argent polie, délicatement travaillée en forme de vases, de plats, de gobelets ; des fusils, des épées, des pistolets et autres instruments brevetés de destruction ; des ferrements pour les membres difformes, des langes pour les nouveau-nés, des drogues pour les malades, des cercueils pour les morts, des cimetières pour les ensevelis ; toutes ces choses se confondaient et tournoyaient ensemble comme les peintures fantastiques d’une danse macabre, et offraient une moralité analogue à la multitude remuante et inattentive.

Il ne manquait point, dans cette multitude elle-même, d’objets propres à faire ressortir ce spectacle varié. Les haillons du sale chanteur des rues flottaient à la lueur des trésors de l’orfèvre ; de pâles figures rôdaient autour des fenêtres où il y avait abondance d’aliments recherchés ; des yeux affamés erraient sur les mets protégés par un mince carreau de vitre comme par un mur de fer, des êtres humains grelottants et demi-nus s’arrêtaient pour examiner les châles de la Chine et les étoffes dorées de l’Inde. Il y avait un baptême chez un gros marchand de cercueils, et une pompe funèbre avait interrompu les réparations de la plus belle maison. La vie et la mort se donnaient la main, la richesse et la pauvreté allaient côte à côte, la plénitude et l’inanition marchaient ensemble.

Mais c’était Londres !

Nicolas retint des lits à l’auberge où s’arrêtait la voiture, et se rendit sans délai au logis de Newman Noggs ; car son anxiété et son impatience augmentaient à chaque minute.