Page:Dickens - Nicolas Nickleby, trad. La Bédollière, 1840.djvu/59

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quelques chaises, une table, des tapis en lambeaux, et on avait allumé du feu. Il y avait dans l’autre un vieux lit et un simulacre d’ameublement.

— Dites-moi, ma chère, dit madame Nickleby essayant de paraître satisfaite, n’est-ce pas bien de l’attention de la part de votre oncle ? Sans lui, nous n’aurions pour nous reposer que le lit que nous avons acheté hier. — C’est une bonté rare, répondit Catherine en examinant l’appartement.

Newman Noggs ne dit pas qu’il avait ramassé ces vieux meubles dans les mansardes ou à la cave, qu’il avait acheté deux sous de lait pour le thé placé sur un plateau, qu’il avait rempli la chaudière rouillée qui chantait près du feu, recueilli les bûches sur la terrasse, et mendié le charbon. Mais l’idée que ces choses s’étaient faites par ordre de Ralph le divertit tellement qu’il ne put s’empêcher de faire craquer ses dix doigts l’un après l’autre.

— Il est inutile de vous retenir plus longtemps, je pense, dit Catherine. — Ne puis-je rien faire pour vous ? demanda Newman. — Rien, je vous remercie, répondit mademoiselle Nickleby. — Peut-être, ma chère, M. Noggs serait content de boire à notre santé ? dit madame Nickleby en fouillant dans son sac.

Catherine remarqua l’embarras de Newman : — Je pense, maman, dit-elle avec hésitation, que vous le blesserez en le lui proposant.

Newman Noggs salua la jeune fille d’une manière qui jurait avec son misérable extérieur, porta sa main sur son cœur, s’arrêta un moment de l’air d’un homme qui a envie de parler et qui ne sait par où commencer, et quitta la chambre.

Lorsque les échos retentirent du bruit discordant de la porte qui se refermait, Catherine se sentit presque tentée de rappeler Newman et de le prier de rester quelques instants ; mais elle eut honte d’avouer sa terreur, et le laissa s’éloigner.


CHAPITRE IX.

Ce fut heureux pour mademoiselle Fanny Squeers que, lorsque son digne papa revint chez lui le soir du thé, il eût absorbé trop d’alcool pour s’apercevoir des nombreux symptômes des tortures de sa fille. Comme il avait d’ailleurs le vin mauvais, il n’est pas impossible qu’il lui eût cherché querelle sur ce point ou sur un autre sujet imaginaire, si la jeune personne, par une prévoyance hautement recommandable, n’avait tenu prêt un élève pour essuyer le premier feu de la colère du bonhomme. Sa fureur, après s’être évaporée sous la forme de bourrades, se calma