Page:Dickens - Nicolas Nickleby, trad. La Bédollière, 1840.djvu/79

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mon papa et lui eut trépigné sur le cor, en tenant des propos de la répétition desquelles je ne veux pas souyer ma plume, il attaqua maman avec une effroyable violanse, la jetta parterre, et lui enfonsa son peigne à plusieurs pouces dans la tête ; il s’en est fallu de bien peu qu’il n’entrât dans le crâne.

» Mon frère et moi fûmes ensuite les victimes de sa furie, et depuis nous avons bocoup soufer, ce qui maleureusement nous fait voire que nous avons quelque lésion intairne, d’autant plus qu’il n’y a pas de traces extérieures de sa brutalité. Je pousse des cris affreux tout en vous écrivant, ainsi que mon frère, dont les gemissemant attire mon attention, j’espère donc que vous excuserez mon grifonnage.

» Le monstre, après avoir assouvi sa soife de sang, s’est enfui, emmenant avec lui un jeune home d’un caractère déterminé, qu’il a egsité à la rébellion. Comme il n’a pas été apperéhendé par les constables, il est à croire qu’il est monté dans quelque voiture public. Mon papa vous prie, dans le cas où vous le verrez, de laisser aller l’assassin ; car si nous le poursuivions, il ne serait que déporté, tandis qu’en ne l’arrêtant pas, on est sûr qu’il sera pandu avant peu, ce qui nous épargnera de la peine et sera plus satisfaisant. Je suis, en attendant votre réponse, votre, etc.

» FANNY SQUEERS.

» POSTE-SCRIPTUM. Je plains son ignorance et je le méprise. »

Un profond silence suivit la lecture de cette belle épître, et Newman Noggs en la pliant regarda avec une sorte de compassion grotesque le jeune homme d’un caractère déterminé auquel on faisait allusion. Celui-ci, comprenant seulement que c’était à cause de lui qu’où calomniait et qu’on persécutait Nicolas, demeura muet et abattu.

— Monsieur Noggs, dit Nicolas après quelques moments de réflexion, il faut que je sorte. — Que vous sortiez ! — Oui, que j’aille à Golden square. Je me dois àoi-même de faire connaître la vérité ; et en outre j’ai à échanger avec M. Ralph deux mots que je suis bien aise de ne pas laisser refroidir. — Du calme, dit Newman. — Je pars, reprit Nicolas d’un ton ferme en se préparant à descendre. — Écoutez-moi, dit Newman en se plantant devant son jeune et impétueux ami. Il n’y est pas ; il est absent de Londres pour trois jours ; et je sais qu’il ne répondra pas à cette lettre avant trois jours. - En êtes-vous sûr ? demanda Nicolas en arpentant rapidement l’étroite chambre. — Parfaitement sûr ; il avait à peine lu la lettre quand il est parti, et le contenu n’en est connu que de vous et de lui. — Faut-il vous en croire ? Ma mère et ma sœur n’en sont pas instruites ? Si je le pensais, j’irais