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& mets-y un plein hower de manne, & le pose devant l’éternel pour être gardé en vos âges.

S. Paul nous apprend que cette cruche étoit d’or ; & par ces mots, être posée devant l’éternel, (Hébr. ix. 4.) il explique être mise dans l’arche, ou, comme portent d’autres versions, à côté de l’arche, ce qui paroît plus conforme à quelques endroits de l’Ecriture qui nous apprennent qu’il n’y avoit rien dans l’arche que les tables de l’alliance (Exod. xxv, 16. I. Rois viij. 9. II. chron. ℣. 10.) ; il faut d’ailleurs observer, que lorsque Moïse donna cet ordre à son frere, l’arche n’existoit point, & qu’elle ne fut construite qu’assez long-tems après.

Au reste, le célébre M. Réland a fait de savantes & de curieuses recherches sur la figure de cette cruche ou vase, dans lequel étoit conservée la manne sacrée. Il tire un grand parti de sa littérature, & de sa profonde connoissance des langues, pour faire voir que ces vases avoient deux anses, que quelquefois ils s’appelloient ονοί ; ainsi dans Athénées on lit ονους γεμοντας οινου, c’est-à-dire, des ânes remplis de vin, d’où notre savant commentateur prend occasion de justifier les Hébreux de la fausse accusation de conserver dans le lieu saint la tête d’un âne en or, & d’adorer cette idole. Voyez Reland Dissertatio altera de inscript. quorumdam nummorum Samaritanorum, &c.

Le livre des nombres (xj. 7.) dit que la manne étoit blanche comme du bdellion. Bochart, (Hier. part. II. lib. V. cap. v. pag. 678.), d’après plusieurs thalmudistes, prétend que le bdellion signifie une perle ; à la bonne-heure, peu importe.

Ceux d’entre les étymologistes qui ont tiré le mot manne du verbe minnach, préparer, par la raison, disent ils, qu’elle n’avoit pas besoin de préparation, n’ont pas fait attention à ce qui est dit au verset 8 du chap. xj. des nombres. Le peuple se dispersoit, & la ramassoit, puis il la mouloit aux meules, ou la piloit dans un mortier, & la faisoit cuire dans un chaudron, & en faisoit des gâteaux, dont le goût étoit semblable à celui d’une liqueur d’huile fraîche, ce qui, pour le dire en passant, nous fait voir combien la manne du desert devoit être solide & dure, & toute différente, par-là-même, de la manne d’Arabie, ou de celle de Calabre.

Quant à son goût, l’Ecriture-sainte lui en attribue deux différens : elle est comparée à des bignets faits au miel ; & dans un autre endroit, à de l’huile fraiche ; peut être qu’elle avoit le premier de ces goûts avant que d’être pilée & apprêtée, & que la préparation lui donnoit l’autre.

Les Juifs (Schemoth Rabba, lect. xxv., fol. 24.) expliquent ces deux goûts différens, & prétendent que Moise a voulu marquer par-là, que la manne étoit comme de l’huile aux enfans, comme du miel aux viellards, & comme des gâteaux aux personnes robustes. Peu contens de tout ce qu’il y a d’extraordinaire dans ce miraculeux événement, les rabbins ont cherché à en augmenter le merveilleux par des suppositions qui ne peuvent avoir de réalité que dans leur imagination, toujours poussée à l’extrême. Ils ont dit que la manne avoit tous les goûts possibles, hormis celui des porreaux, des oignons, de l’ail, & celui des melons & concombres, parce que c’étoient-là les divers légumes après lesquels le cœur des Hebreux soupiroit, & qui leur faisoient si fort regretter la maison de servitude. Thalmud Joma, cap. viij. fol. 75.

Ils ont accordé à la manne tous les parfums de divers aromates dont étoit rempli le paradis terrestre. Lib. Zoar, sol. 28. Quelques rabbins sont allés plus loin (Schemat Rabba, sect. xxv, &c.), & n’ont pas eu honte d’assurer que la manne devenoit poule, perdrix, chapon, ortolan, &c. selon


que le souhaitoit celui qui en mangeoit. C’est ainsi qu’ils expliquent ce que Dieu disoit à son peuple : qu’il n’avoit manqué de rien dans le desert. Deut. xj. 7. Neh. ix. 21.. S. Augustin (tom. I. retract. lib. II. pag. 33.), profite de cette opinion des docteurs juifs, & cherche à en tirer pour la morale un merveilleux parti, en établissant qu’il n’y avoit que les vrais justes qui eussent le privilege de trouver dans la manne le goût des viandes qu’ils aimoient le plus : ainsi, dans le systême de S. Augustin, peu de justes en Israël ; car tout le peuple conçut un tel dégoût pour la manne, qu’il murmura, & fit, d’un commun accord, cette plainte, qui est plus dans une nature foible, que dans une pieuse résignation : quoi ! toujours de la manne ? nos yeux ne voient que manne. Nomb. xj. 6.

Encore un mot des rabbins. Quelque ridicules que soient leurs idées, il est bon de les connoître pour savoir de quoi peut être capable une imagination dévotement échauffée. Ils ajoutent au récit de Moïse, que les monceaux de manne étoient si hauts, & si élevés, qu’ils étoient apperçus par les rois d’Orient & d’Occident ; & c’est à cette idée qu’ils appliquent ce que le Psalmiste dit au pseaume 23. ℣ 6. Tu dresses ma table devant moi, à la vûe de ceux qui me pressent. Thalmud Joma, sol. 76, col. 1.

Le Hébreux, & en général les orientaux, ont pour la manne du desert une vénération particuliere. On voit dans la bibliotheque orientale d’Herbelot, pag 647, que les Arabes le nomment la dragée de la toute-puissance.

Et nous lisons dans Abenezra sur l’exode, que les Juifs, jaloux du miracle de la manne, prononcent malédiction contre ceux qui oseroient soutenir l’opinion contraire.

Akiba prétendoit que la manne avoit été produite par l’épaississement de la lumiere céleste, qui, devenue matérielle, étoit propre à servir de nourriture à l’homme : mais le rabbin Ismaël desapprouva cette opinion, & la combattit gravement ; fondé sur ce principe, que la manne, selon l’Ecriture, est le pain des anges. Or les anges, disoit-il, ne sont pas nourris par la lumiere, devenue matérielle ; mais par la lumiere de Dieu-même. N’est-il pas à craindre, qu’à force de subtilités, on fasse de cette manne une viande un peu creuse ?

Au reste, le mot de manne est employé dans divers usages allégoriques, pour désigner les vérités dont se nourrit l’esprit, qui fortifient la piété, & soutiennent l’ame.

Manne, (Vannier.) c’est un ouvrage de mandrerie, plus long que large, assez profond, sans anse, mais garni d’une poignée à chaque bout.

Manne, qu’on nomme aussi banne, & quelquefois mannette, s. f. (Chapelier.) espece de grand panier quarré long, d’osier ou de chataignier refendu, de la longueur & de la largeur qu’on veut, & d’un pié ou un pié & demi de profondeur. Les marchands chapeliers & plusieurs autres se servent de ces mannes pour emballer leurs marchandises ; & les chapeaux de Caudebec en Normandie ne viennent que dans ces sortes de paniers.

Manne, (Marine.) c’est une espece de corbeille qui sert à divers usages dans les vaisseaux.

MANNSFELD, Pierre de, (Hist. nat.) c’est ainsi qu’on nomme en Allemagne une espece de schiste ou de pierre feuilletée noirâtre, qui se trouve près de la ville d’Eifleben, dans le comté de Mannsfeld. On y voit très-distinctement des empreintes de différentes especes de poissons, dont plusieurs sont couverts de petits points jaunes & brillans qui ne font que de la pyrite jaune ou cuivreuse ; d’autres sont couverts de cuivre natif. Cette pierre est une