Page:Du Bellay - Œuvres complètes, édition Séché, tome 3.djvu/100

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Passer encor’un coup par si pénible enfer,
Bref, je ne sçay, Vineus, qu’en conclure à la fin,
Fors qu’en comparaison de ton petit Urbin,
Le peuple de Ferrare est un peuple de fer.

CXXXIII

Il fait bon voir, Magny, ces Coyons magnifiques,
Leur superbe Arsenal, leurs vaisseaux, leur abord,
Leur saint Marc, leur Palais, leur Realte, leur port,
Leurs changes, leurs profits, leur banque et leurs trafiques :
Il fait bon voir le bec de leurs chapprons antiques,
Leurs robbes à grand’manche et leurs bonnets sans bord,
Leur parler tout grossier, leur gravité, leur port,
Et leurs sages avis aux affaires publiques.
Il fait bon voir de tout leur sénat ballotter,
Il fait bon voir partout leurs gondoles flotter,
Leurs femmes, leurs festins, leur vivre solitaire :
Mais ce que l’on en doit le meilleur estimer,
C’est quand ces vieux cocus vont épouser la mer,
Dont ils sont les maris et le Turc l’adultere.

CXXXIV

Celuy qui d’amitié a violé la loy,
Cherchant de son amy la mort et vitupere :
Celuy qui en procès a ruiné son frere,
Ou le bien d’un mineur a converty à soy :
Celuy qui a trahi sa patrie et son Roy,
Celuy qui comme Œdipe a fait mourir son pere,
Celuy qui comme Oreste a fait mourir sa mere,
Celui qui a nié son baptesme et sa foy :
Marseille, il ne faut point que pour la pénitence
D’une si malheureuse abominable offense,
Son estomac plombé martelant nuict et jour,
Il voise errant nuds pieds ni six ni sept années :
Que les Grisons sans plus il passe à ses journees,
J’entens, s’il veut que Dieu luy doive du retour.