Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 1.djvu/39

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‘ _ E SOUVENIRS INTIMES. XXXVII —` se présenta toutd'abord a notre esprit; cette propriété m'avait été donnée en propre par ma grand’mére, · avec le désir exprimé que son fils Gustave continuât ày vivre. Cette considération jointe a la répugnance qu’aurait éprouvée mon oncle a s’en séparer nous fit . prendre la résolutionde la garder; l°isolement pesait à sa nature tendre, aussi cet arrangement de vie en . commun lui convenait-il. Il passerait la majeure partie p de l’année a la campagne; et ai Paris, ayant remis son . appartement de la rue Murillo, il en prit un sur le même palier que le nôtre, au cinquième étage d’une maison située a l’angle de la rue du Faubourg-Saint- Honoré et de l’avenue de la Reine—l·lortense. ' . .Nous voici donc ensemble comme jadis, et les cau-_ series reprennent plus abondantes, plus profondes, ‘ plus intimes ·encore qu’au temps de mon enfance. Dans la vie retirée que nous menons, mon oncle s’a- dresse a moi comme a un ami; nous parlons de toutes choses, mais ce sont de préférence les sujets litté- raires, religieux et philosophiques que nous discutons, ' sans jamais, quoique d’opinion souvent différente, qu'il en résulte entre nous rien de fâché, rien de pénible. ll est facile de voir que l’homme qui a écrit Saint Antoine s’est préoccupé surabondamment de la pen- sée religieuse dans l’humanité` et de ses manifesta- tions si multiples. Les vieilles théogonies l'intéressaient extrêmement, et il avait un attrait infini pour les excessifs dans tous les genres : l'anachorète, le soli- taire de la Thébaïde, provoquaient son admiration, A il se sentait porté vers eux comme vers le Bouddha des bords du Gange. ll relisait souvent la Bible. Ce verset d’lsaïe : « Qu’ils sont beaux sur les montagnes les pieds du messager qui apporte de bonnes nou- velles ! » _ lui paraissait sublime. « Réfléchis, creuse- moi ça», me disait-il, enthousiasmé; Païen par ses côtés artistiques, il était, par les be- soins de son âme, panthéiste. Spinoza, qu’il admirait · I .