Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 3.djvu/24

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1 8 CORRESPONDANCE . ` se renversent, que la terre se nivelle. Cette grande confusion amènera peut—être la liberté. L'Art, qui devance toujours, a du moins suivi cette marche. Quelle est la poétique qui soit debout maintenant? La plastique méme devient de plus en plus pres- que impossible, avec nos langues circonscrites et précises et nos idées vagues, mêlées, insaisissables. Tout ce que nous pouvons laire, c’est donc, a force d’habileté, de serrer plus raide les cordes de la guitare tant de fois raclées et d’être surtout . des virtuoses, puisque la naïveté à notre époque est une chimère. Avec cela le pittoresque s’en va presque du monde. La Poésie ne mourra pas ce- pendant; mais quelle sera celle des choses de l°avenir? Je ne la vois guère. Qui sait? La beauté deviendra peut-étre un sentiment inutile a l’huma¥ nité et l’Art sera quel ue chose qui tiendra le mi- lieu entre l'algebre etCla musique; Puisque je ne peux pas voir demain, j’aurais voulu voir hier. Que ne vivais-je au moins sous Louis XIV, avec une rande perruque, des bas bien tirés et la société de M. Descartes! Que ne vivais-je du temps de Ronsard! Que ne vivais-je _ _ du temps de Néron! Comme ïaurais causé avec les rhéteurs grecs! Comme j’aurais voyagé dans ' les grands chariots, sur les voies romaines, et cou- ché le soir dans les hôtelleries, avec les prêtres de V Cybèle vagabondant! Que n'ai-je vécu surtout au _ temps de ériclès, pour souper avec Aspasie cou- ronnée de violettes et chantant des vers entre des murs de marbre blanc! Ah! c°est fini tout cela, ce- réve—là ne reviendra plus. J’ai vécu partout par la, moi, sans doute, dans quelque existence anté- rieure. Je suis sûr cl’avoir été, sous l'empire ro-

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