Page:Flaubert Édition Conard Correspondance 4.djvu/36

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go CORRESPONDANCE ‘ chant de victoire 7 Tu demandes de l'amour, tu te plains de ce que je ne t’envoie pas de fleurs? Ah! , jly pense bien, aux fleurs! Prends donc quel ue _ rave garçon tout Frais éclos, un homme à belles , manières et à idées reçues. Moi, je suis comme les tigres qui ont au bout du gland des poils agglu- tinés avec quoi ils déchirent la femelle. L’extremité de tous mes sentiments a une pointe aiguë qui ._ blesse les autres, et moi-même aussi quelquefois. Je n’avais chargé Bouilhet de rien du tout. Cest une supposition de ta part. Il ne t’a dit au reste que la vérité, puisque tu la demandes. Je n'aime ‘ as à ce que mes sentiments soient connus du pu- blic et qu’on me jette ainsi à la tête,·dans les ` visites, mes passions, en manière de conversation. ' Jlai été jusqu’à plus de vingt ans où je YOLÉJSSBJS. comme une carotte quand on me disait : « _ 'écri— _ véz—vous pas?'». Tu peux juger par "là de ma pu- . _ A deur vis-à—vis des autres sentiments. Je sens que je t’aimerais d’une Façon plus ardente si personne ne savait que je t’aimasse. J’en veux à Delisle de ce que tu m’as tutoyé devant lui, et sa vue m’ést maintenant désagréable. Voilà comme je suislait, et j’ai assez de besogne sur le chantier sans prendre , celle de ma réformation sentimentale. Toi aussi tu comprendras, en vieillissant, que les bois les lus ` durs sont ceux qui pourrissent le moins vite. Et il y a une chose que tu seras·l`orcée de me garder à travers. tout : à savoir, ton estime. Or j’y tiens beaucoup. ' Tu ne m’en témoignes guère cependant en reve- nant encore, et si souvent, sur les huit cent Francs que je t'ai prêtés. On dirait vraiment que je te poursuis par huissier! T’en ai-je jamais parlé? Je

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