Page:Fuster - Sonnets, 1887-1888.djvu/5

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TRISTESSE DE LA MER


Quand les amants s’en vont, seuls sur la vaste grève,
Devant le ciel muet, devant les flots hurlants,
Parfois un vague effroi glace leurs cœurs brûlants,
Je ne sais quoi d’affreux vient déchirer leur rêve.

C’est que la mer est triste, et qu’un râle soulève
Toute l’immensité béante de ses flancs,
Devant tant de soupirs, ingénus ou troublants,
Qui la viennent navrer sans répit et sans trêve.

Elle a tant écouté de mensonges divins,
Tant de baisers amers et tant de sanglots vains,
Qu’elle en roule à jamais comme une horreur vivante.

C’est pourquoi, par les soirs de houle, les amants
Devant l’immense mer qui maudit leurs serments,
Sentent passer en eux des frissons d’épouvante.


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LA CAVERNE


Au flanc de la montagne abrupte, où rien ne croît,
Mais qui dort tristement en sa morne attitude,
Il est une caverne, inaccessible et rude,
Dont l’air est ténébreux et dont le sol est froid.

Seul osant s’y cacher, l’aigle en est le seul roi :
Pourtant il s’y hasarde avec inquiétude,
Sans y crier jamais, car cette solitude
A des échos profonds qui vous glacent d’effroi.

Je sais un cœur, si grand, si ténébreux, si vide,
Que rien n’y parle plus, ni le désir avide,
Ni les rêves jaloux, ni les espoirs meurtris.

Et tout, même l’amour, y doit faire silence,
Car la plus faible voix, troublant ce vide immense,
L’emplirait pour jamais de lamentables cris.

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