Page:Fuster - Sonnets, 1887-1888.djvu/6

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DEVANT LE CIEL


Nous sommes là, devant le Ciel qui nous écoute,
Nous nous parlons d’amour, et le ciel nous sourit :
Il entend nos baisers, il entend notre cri,
Il leur ouvre à jamais sa lumineuse voûte.

L’azur est un chemin, l’azur est une route
Où s’en va le parfum de tout ce qui fleurit,
Et les premiers serments de notre amour chéri
Sont montés jusqu’à Dieu, qui nous bénit sans doute.

Va ! les serments d’amour qu’on fait devant le Ciel
Ont cela d’imposant et cela d’éternel
Que le Ciel grand ouvert les garde en son abîme :

Il nous les redirait, aux jours de lâche oubli,
Et ce serait assez de ce témoin sublime
Pour réveiller en nous l’amour enseveli.


___


LES CROIX


Duis que sur la croix, au temps des vieux Romains,
Un homme, un dieu peut-être, et sans doute un prophète.
Exhala son soupir, après cette œuvre faite
Qui devait effacer les crimes des humains,

Depuis, dans tous les temps et sur tous les chemins,
On a dressé des croix où le passant s’arrête.
Mais jamais le dieu mort n’a remué la tête
Près des foules en pleurs qui lui tendaient les mains.

L’homme n’a jamais su, nul ne pouvant le dire,
S’il était bien sauvé par le sanglant martyre :
Il lève en vain ses yeux vers les infinis froids.

Est-ce donc à toujours que doit douter la terre,
Et ne t’ouvriras-tu, ciel gonflé de mystère,
Que sur le dernier homme et la dernière croix ?