Page:Gouges - L esclavage des noirs (1792).djvu/55

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M. DE SAINT-FRÉMONT.

Hélas ! ces malheureux François ſans doute ont fait naufrage, & la reconnoiſſance a produit ſeule ce zèle indiſcret.


LE JUGE.

Vous voyez , Monſieur le Gouverneur, qu’il n’y a point de tems à perdre, ſi vous voulez éviter la ruine totale de nos habitations. C’eſt un mal déſeſpéré.


M. DE SAINT-FRÉMONT.

Je n’ai point la bonheur d’être né dans vos climats ; mais quel empire n’ont point les malheureux ſur les âmes ſenſibles ! Ce n’eſt point votre faute ſi les mœurs de votre pays vous ont familiariſé avec ces traitemens durs que vous exercez ſans remords ſur des hommes qui n’ont d’autre défenſe que leur timidité, & dont les travaux, trop mal récompenſés, accroiſſent notre fortune en augmentant notre autorité ſur eux. Ils ont mille tyrans pour un. Les Souverains rendent leurs Peuples heureux : tout Citoyen eſt libre ſous un bon Maître, & dans ce pays d’eſclavage il faut être barbare malgré ſoi. Eh ! comment puis-je m’empêcher de me livrer à ces réflexions, quand la voix de l’humanité crie au fond de mon coeur ;