Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/204

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.






QUIDQUID VOLUERIS[1]


ÉTUDES PSYCHOLOGIQUES.


I


À moi donc mes souvenirs d’insomnie ! à moi mes rêves de pauvre fou ! venez tous ! venez tous, mes bons amis les Diablotins, vous qui la nuit sautez sur mes pieds, courez sur mes vitres, montez au plafond, et puis violets, verts, jaunes, noirs, blancs, avec de grandes ailes, de longues barbes, remuez les cloisons de ma chambre, les ferrures de ma porte, et de votre souffle faites vaciller la lampe qui pâlit sous vos lèvres verdâtres.

Je vous vois, bien souvent, dans les pâles nuits d’hiver, venir tous paisiblement, couverts de grands manteaux bruns qui tranchent bien sur la neige des toits, avec vos petits crânes osseux comme des têtes de morts ; vous arrivez tous par le trou de ma serrure, et chacun va réchauffer ses longs ongles à la barre de ma cheminée qui jette encore une tiède chaleur.

Venez tous, enfants de mon cerveau, donnez-moi pour le moment une de vos folies, de vos rires étranges, et vous m’aurez épargné une préface comme les modernes et une invocation à la Muse comme les anciens.

  1. 8 octobre 1837