Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/246

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David était chef de voleurs, que les citoyens volaient l’étranger, que le peuple volait les villes alliées et pillait les villes vaincues, et que depuis Aaron jusqu’à Sédécias on a adoré le serpent d’airain, qu’on a gratifié Rahab, récompensé le traître de Béthel, et que, lui, il a envoyé son fils pour détruire la loi qu’il avait faite ! Si elle était bonne, pourquoi la renverser ? Si elle était mauvaise, pourquoi l’avoir donnée ? Y a-t-il quelque chose de bon qui ne soit mauvais, quelque chose de mauvais qui ne soit bon ? Le bien est-il ? Le mal est-il ? Y a-t-il une vérité ? Où est le mensonge ? à quoi bon ? à quoi bon ? Les sages ont cherché et n’ont rien trouvé, les prophètes ont parlé et n’ont rien dit : tu feras comme eux et les siècles feront comme toi. Allons, sans t’inquiéter de l’ouvrage, tourne la meule de la vie et siffle en la tournant.

ANTOINE.

Qu’importe après tout ! Connais-je les desseins de Dieu ? Est-ce à moi de juger ses oeuvres ? La Logique. Pourquoi donc adorer en lui ce que tu exécrerais dans un homme ?

ANTOINE.

Cmment cela ? La Logique. Puisque tu t’humilies devant le mal qui est en Dieu.

ANTOINE.

Mais c’est dans le diable qu’est le mal. La Logique. Et qui a fait l diable ?

ANTOINE.

Dieu. La Logique. Si le diable fut créé par lui et que la création entière soit sortie de sa parole, avant que cette parole ne fût dite, la parole était en lui, et avant que le diable ne naquît, il y était donc aussi, le diable, et avec tout son enfer !