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DE LA NATURE DES CHOSES

Je pourrais alléguer mainte preuve nouvelle,
Si j’avais à forcer une foi plus rebelle.
Te voilà sur la trace, et ta sagacité
Sans effort marchera droit à la vérité,
Tels, une fois lancés sur une piste sûre,
Les chiens au flair subtil sous l’épaisse ramure
Surprennent les abris des bêtes des forêts ;
Ainsi, de proche en proche, en leurs gîtes secrets,
Toi-même au fond des nuits te glissant vers les causes,
Tu traîneras au jour le mystère des choses.
Que si tu faiblissais, si d’un pas seulement
Tu déviais, alors, j’en puis faire serment,
De ma lèvre en doux chants coulerait comme un fleuve
420La source inépuisable où mon esprit s’abreuve !
Et la vieillesse froide envahira mon corps,
Et de la vie en moi se rompront les ressorts,
Avant qu’ait de mon cœur passé dans tes oreilles
Ce trésor d’arguments amassé par mes veilles.

Reprenons. La nature a donc deux éléments :
Les corps, groupes doués de divers mouvements ;
Et le vide, le lieu des corps et leur carrière.
Le simple sens commun affirme la matière ;
Que si nous récusons le témoin et le fait,
Plus de fond, plus de cause où rattacher l’effet ;
La raison a perdu son principe et son guide.
D’autre part, sans milieu, sans espace, sans vide,
Où pourraient se tenir et se mouvoir les corps ?
De ces deux grands agents je t’ai dit les rapports
En vain concevrait-on une troisième essence,