Page:Maurice Joly - Les Affames - E Dentu Editeur - 1876.djvu/57

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autre jeune homme dont les yeux lui paraissent plus langoureux ; de là la nécessité de mener les choses rondement.

― Et comment l’entends-tu ?

― C’est bien simple, je n’ai pas le sou... du moins comparativement à elle, fit Hector en se corrigeant ; elle ne m’épousera pas sans un cas de force majeure. J’ai songé à créer la force majeure.

― Un enlèvement !

― Peut-être, dit Hector de ce ton de légèreté avec lequel on déguise quelquefois une pensée plus sérieuse ; mais, avant d’en arriver là, il faut avoir établi son empire sur le corps et sur l’âme... La jeune fille dont il s’agit est pure comme le lis qui vient d’éclore ; mais, puisqu’elle a du penchant pour moi, j’étais en train ces jours-ci de chercher par quel moyen je pourrais bientôt couper les ailes à cet ange, lorsqu’un individu, un être effroyable, tombe chez moi un beau matin et me tient à peu près ce langage :

― Monsieur le vicomte, je connais vos affaires comme vous-même, ne me demandez ni pourquoi, ni comment, ce serait du temps perdu. Vous n’avez plus de patrimoine, vous avez deux cent mille francs de dettes que tous ne payerez jamais sans un miracle, et le miracle consisterait pour vous à épouser Mlle de *** (tu comprends que je tais les noms}, qui est une des plus riches héritières de France. Niez, discutez, cela m’est égal ; mais ce qui est certain, c’est que seul je puis vous la faire épouser et que vous n’arriverez à rien si je ne m’en mêle pas.

La netteté de parole de cet homme, son aplomb, sa fausse bonhomie, sa souplesse, le regard perçant qu’il dirigeait sur moi à travers ses lunettes vertes, m’ôtèrent