Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/143

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de son art ou de sa profession ? De cette façon, M. de Faramond aurait pu expliquer le titre de sa tragi-comédie, semble-t-il, mais comme, de toute nécessité, quel que soit le dessein qui la mène, la Dame est obli­gée, pour réussir ou se maintenir, de s’environner du luxe des fleurs inutiles et éclatantes, que ce soit camélias blancs ou rouges, roses, lys, pâles jasmins ou orchidées orgueilleuses, il importe, secondairement, qu’elle y attache ou non un peu de son attention passionnée ; il y a plus encore : si être aux camélias signifie en soi quelque chose, c’est uniquement être et vivre dans la recherche et la jouissance d’un luxe, et la Dame, que M. de Faramond nous présente, ne vit plus dans le luxe pour aboutir à l’amour, mais se sert en réalité de l’amour multiplié et facile pour pouvoir persister dans le luxe, son seul désir. Ce n’est donc pas la dame qui n’est plus aux camélias qu’il fallait dire, mais la Dame qui est encore bien plus aux camélias, ou enfin, pour exprimer que l’héroïne présentée allait agir en toute occurrence à l’inverse de l’héroïne d’Alexandre Dumas fils, la Dame qui n’est plus la Dame aux camélias.

Ce n’est point dans l’idée de m’attarder à une vaine querelle de mots que j’ai hasardé cette remarque. Il est certain que M. de Fara­mond s’est proposé d’atteindre à un effet déterminé, lorsqu’il choisit son titre, il n’est donc pas excessif de regretter qu’il ne soit pas plus explicitement exact. Mais passons. L’essentiel eût été que, dans l’idée, dans la présentation, dans le développement de la pièce, M. de Faramond ne fût pas victime de sa confusion première. Le souvenir de la Noblesse de la Terre, d’émotion si épique, de M. Bonnet, n’est pas si lointain que nous puissions consentir à cette Dame qui n’est plus aux camélias sans rappeler à l’auteur ce que ses débuts nous faisaient présager, sans lui avouer en toute sincérité notre déception.

Eh quoi ! c’est à cela que se borneraient, monsieur de Faramond, vos recherches ? je ne puis pas le croire ; vous vous êtes mépris, pour cette fois, et, passé le moment présent de la lutte contre l’incompré­hension volontaire et préconçue d’un certain public et d’une certaine presse, vous vous ressaisirez, vous vous chercherez et rentrerez dans la voie magnifique que vous vous étiez ouverte.

La courtisane de 1850, nous faites-vous entendre par l’allusion suggérée au roman-drame de Dumas, vivait de l’homme et de l’a­mour vénal, c’est vrai, mais elle était femme encore, et laissait éclore en son âme quelque corolle de sentiment, elle s’épanouissait parfois à un amour vrai, pur, désintéressé ; la courtisane d’à présent ne veut et n’aime plus ; elle recherche, elle accueille l’hommage de tous les hommes, au hasard, uniquement par amour exclusif de l’argent et des jouissances du luxe : en dehors de cela rien ne la tient, rien ne l’attire, rien ne l’intéresse. La première était touchée par une