Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/26

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la demeure de la poétesse, il l’aperçut se promenant dans le jardin et l’on suppose qu’il fit dans ce vers allusion à cet incident :

I saw thee once — once only — years ago.

Un échange de poèmes amena finalement une présentation et une correspondance d’un caractère fort passionné, de la part de Poe tout au moins. Les deux poètes se promirent, sous cer­taines conditions, de s’épouser, mais Poe fut accusé, fausse­ment ou non, d’avoir enfreint les termes de leur contrat, et la dame reprit sa promesse. Bien que Poe estimât, non sans raison, qu’Helen Whitman eût agi peu généreusement à son égard, la poétesse n’oublia jamais qu’il avait été son fiancé et l’objet de ses affections. Jusqu’aux derniers jours de sa vie, elle conserva précieusement les souvenirs qu’il lui avait lais­sés de son admiration, et sa demeure fut comme une « Mec­que de l’esprit » à tous ceux qui vénèrent les œuvres et les paroles de l’auteur du Corbeau. La plus belle offrande à l’autel de son génie est le petit livre d’Helen Whitman : Edgar Poe et ses Détracteurs.

Nulle femme vraisemblablement, sauf sa « Lénore perdue », n’affecta les sentiments de Poe aussi profondément que la dame connue sous le nom d’« Annie ». Son affection pour elle, l’aide et la sympathie de la famille de sa a chère et véri­table sœur » furent, pour le poète, le plus brillant rayon de bonheur pendant ses dernières années de solitude. C’est cette femme, à l’esprit intelligemment sympathique, qui inspira à Poe son poème «le plus musical et le plus mélancolique », For Annie, et, dans la dernière lettre qu’il adressa à Mrs Clemm, il envoie à « Annie » un message de foi et de gratitude. La dernière impression qu’il laissa dans le souvenir de cette dame fut tout favorable et elle m’a déclaré qu’elle le croyait « incapable d’une action vile ou déshonorante envers aucun être humain ». Après la mort de Poe, « Annie » se montra une amie éprouvée pour celle que le poète appelait sa « plus que mère », et elle donna asile à Mrs Clemm aussi long­ temps que celle-ci le désira.

Lorsque le projet de mariage avec Helen Whitman fut rompu, Poe partit reprendre dans le Sud de nouvelles occupa­tions littéraires. À Richmond, il apprit qu’Elmira,l’objet de ses