Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/7

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que et relier directement à Vienne les littoraux de ce vaste golfe où elle s’attribue des intérêts prééminents. Mais les chif­fres, en pareille matière, sont plus éloquents que les affirma­tions. La Cisleithanie et la Transleithanie comptaient 33.300 kilomètres de chemins de fer en 1899, et 41.500 en 1906, — en sorte que, chaque année, plus de 1.000 kilomètres de rails ont été posés.

Cette expansion du régime capitaliste dans l’Empire Austro-Hongrois a déterminé une série de conséquences qu’elle engen­dre, au reste, partout où elle intervient.

Pendant une très longue phase de son histoire, l’État des Habsbourg a été travaillé par les luttes des nationalités qui s’y entrechoquaient avec fracas : Allemands, Hongrois, Tchè­ques, Croates, Polonais, Roumains, etc. Toute sa politique intérieure était faite de compromis entre deux ou trois éléments ethniques, et de représailles à l’égard des autres. Mal­gré les oppositions sociales inévitables, chacun de ces éléments donnait l’impression d’une certaine unité qui pesait de tout son poids dans les conflits quotidiens. L’intrusion de l’industrialisme a substitué les combats de classes aux com­bats de races. À coup sûr, il ne faut voir dans cette affirmation qu’une indication générale, car les nationalités sont encore loin de fusionner, dans le milieu possédant et dirigeant du moins. Mais il est apparu, surtout depuis la réforme parle­mentaire récente, — qui a introduit le suffrage universel, et consacré en quelque sorte la transformation économique, — que la bourgeoisie et le prolétariat étaient nettement séparés dans chaque nationalité, — que, de nationalité à nationalité, les deux classes en présence inclinaient à former des groupements sociaux homogènes, d’une extrémité à l’autre de la monar­chie.

L’apparition d’un parti socialiste considérable au Reichsrath de Vienne (il possède 88 sièges et par suite ne le cède en im­portance parlementaire à aucun autre au monde) a influé de toute évidence sur la politique générale des ministres de Fran­çois-Joseph. Tous les États, qui ont à compter avec la représentation élue d’un prolétariat puissamment organisé, sont incités à accroître leur action à l’extérieur, — ne serait-ce que pour chercher une diversion, et pour galvaniser l’esprit chau­vin, qui leur semble le meilleur frein à la poussée subversive