Page:Molière - Édition Louandre, 1910, tome 2.djvu/193

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Oronte

S’il faut qu’une attente éternelle
Pousse à bout l’ardeur de mon zèle,
Le trépas sera mon recours.
330Vos soins ne m’en peuvent distraire :
Belle Philis, on désespère,
Alors qu’on espère toujours[1].


Philinte
La chute en est jolie, amoureuse, admirable.



Alceste, bas, à part.
La peste de ta chute, empoisonneur, au diable,

335En eusses-tu fait une à te casser le nez !


Philinte
Je n’ai jamais ouï de vers si bien tournés.



Alceste, bas, à part.
Morbleu !



Oronte
Morbleu ! Vous me flattez, et vous croyez peut-être…



Philinte
Non, je ne flatte point.



Alceste, bas, à part.
Non, je ne flatte point. Et que fais-tu donc, traître ?



Oronte
Mais pour vous, vous savez quel est notre traité.

340Parlez-moi, je vous prie, avec sincérité.


Alceste
Monsieur, cette matière est toujours délicate,

Et sur le bel esprit nous aimons qu’on nous flatte.
Mais un jour, à quelqu’un dont je tairai le nom,
Je disais, en voyant des vers de sa façon,
345Qu’il faut qu’un galant homme ait toujours grand empire
Sur les démangeaisons qui nous prennent d’écrire ;
Qu’il doit tenir la bride aux grands empressements
Qu’on a de faire éclat de tels amusements ;
Et que, par la chaleur de montrer ses ouvrages,
350On s’expose à jouer de mauvais personnages.


Oronte
Est-ce que vous voulez me déclarer par là

Que j’ai tort de vouloir…

  1. On croit ce sonnet de Benserade.