Page:Molière - Édition Louandre, 1910, tome 2.djvu/205

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page a été validée par deux contributeurs.




Acaste
575Parbleu ! s’il faut parler des gens extravagants,

Je viens d’en essuyer un des plus fatigants ;
Damon le raisonneur, qui m’a, ne vous déplaise,
Une heure, au grand soleil, tenu hors de ma chaise.


Célimène
C’est un parleur étrange, et qui trouve toujours

580L’art de ne vous rien dire avec de grands discours :
Dans les propos qu’il tient on ne voit jamais goutte,
Et ce n’est que du bruit que tout ce qu’on écoute.


Éliante, à Philinte.
Ce début n’est pas mal ; et, contre le prochain,

La conversation prend un assez bon train.


Clitandre
585Timante encor, madame, est un bon caractère.



Célimène
C’est de la tête aux pieds un homme tout mystère[1],

Qui vous jette, en passant, un coup d’œil égaré,
Et, sans aucune affaire, est toujours affairé.
Tout ce qu’il vous débite en grimaces abonde ;
590À force de façons, il assomme le monde :
Sans cesse il a tout bas, pour rompre l’entretien,
Un secret à vous dire, et ce secret n’est rien ;
De la moindre vétille il fait une merveille,
Et, jusques au bonjour, il dit tout à l’oreille.


Acaste
595Et Géralde, madame ?



Célimène
Et Géralde, Madame ? Ô l’ennuyeux conteur !

Jamais on ne le voit sortir du grand seigneur
Dans le brillant commerce il se mêle sans cesse,
Et ne cite jamais que duc, prince, ou princesse
La qualité l’entête ; et tous ses entretiens
600Ne sont que de chevaux, d’équipage, et de chiens :
Il tutaye en parlant ceux du plus haut étage,
Et le nom de monsieur est chez lui hors d’usage.


Clitandre
On dit qu’avec Bélise il est du dernier bien.
  1. Le Comte de Saint-Gilles, suivant les commentateurs.