Page:Moreau.- Mémoires historiques et litteraires F.-J. Talma, 1827.djvu/52

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et quelques voix l’accusent de jacobinisme. Talma ne répond que peu de mots, mais ces mots prononcés avec l’accent de l’indignation ferment la bouche aux calomniateurs :

  1. avons causé trois heures, et nous avons souvent mêlé votre nom à tous les intérêts de ce monde. Il était dimanche à Hamlet, et vous l’avez ravi. Nous avons disputé sur le mérite de la pièce en elle-même ; il m’a paru très-orthodoxe, et il prétend que Napoléon l’est aussi. Je lui ai développé mon idée sur votre jeu, sur cette réunion étonnante de la régularité française et de l’énergie étrangère ; il a prétendu qu’il y avait des pièces classiques françaises où vous n’excelliez pas encore ; et quand j’ai demandé lesquelles, il n’a pu m’en nommer. Mais il faut qu'à Paris vous jouiez Tancrède et Orosmane à ravir ; vous le pouvez, si vous le voulez : il faut prendre ces deux rôles dans le naturel. Ils en sont tous les deux susceptibles, et comme on est accoutumé à une sorte d’étiquette dans la manière de les jouer, la vérité profonde en fera de nouveaux rôles ; mais je ne devrais pas m’aviser de vous dire ce que vous savez mille fois mieux que moi. Il est vrai, pourtant, que je mets à votre réputation un intérêt personnel. Il faut que vous écriviez ; il faut que vous soyez aussi maître de la pensée que du sentiment ; vous le pouvez, si vous le voulez. J’ai vu madame Talma après votre dernière visite. Sa grâce, pour moi, m’a profondément touchée ; dites-le-lui, je vous prie C’est une personne digne de vous, et je crois beaucoup louer en disant cela. Quand vous reverrai-je tous les deux ? Ah !