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LA GUADELOUPE PREHISTORIQUE

nombreux habitants qui dès les temps les plus reculés peuplaient ces îles et taillaient ces silex n’avaient pu y aborder que par mer. La navigation leur était donc connue.

La découverte sur des points bien différents de barques enfouies depuis des siècles apporterait, s’il en était besoin, une preuve plus péremptoire encore. Le musée de Copenhague possède trois de ces barques ; la plus ancienne est un demi-tronc d’arbre de 2 mètres seulement de longueur, excavé en forme d’auge et coupé droit à ses deux extrémités. Le Dr Gross cite un canot creusé dans un chêne et retiré du lac de Bienne ; l’arrière est carré, l’avant armé d’un prolongement qui devait former une sorte d’éperon. Sa longueur est de 9m,55 ; sur les parois, on avait pris soin de ménager des petites coches arrondies pour appuyer les rames. Plus récemment des fouilles ont mis au jour en Suisse un autre canot à 4.000 pieds au-dessus du niveau de la mer, à 3.000 pieds au-dessus de la vallée du Rhône, sans qu’aucune conjecture puisse expliquer comment il a été porté à une semblable hauteur. M. Schaafhausen signalait au congrès préhistorique de Stockholm une barque provenant de l’ancien lit du Rhin auprès de Bonn, à une lieue environ du lit actuel du fleuve. Cette barque, d’une forme et d’une construction bien primitives, était simplement excavée dans un tronc de chêne. En 1862, on retirait du Rhône, à Cordon (Ain), une pirogue enfouie dans une épaisse couche de vase. Sa longueur est de 11m,80, sa largeur de 0m,94, sa hauteur de 0m,64. Le bois est noir, les couches superficielles sont entièrement décomposées ; mais les parties centrales sont restées intactes et encore très résistantes. Les trous percés dans le bordage paraissent uniformément répartis. Ils ont dû servir à fixer les rames et les rameurs assis au fond de la pirogue pouvaient les manier avec facilité. Les îles Britanniques, déjà peuplées probablement avant leur séparation finale du continent, n’avaient pu depuis ce moment recevoir de nouveaux habitants que par mer. Aussi des découvertes que chaque jour multiplie en Angleterre, en Écosse, en Irlande, prouvent l’existence de la navigation dès l’âge de pierre. Pour ne citer que ce seul exemple, on signalait, il y a quelques mois, à Brigg (Lincolnshire), à quelques mètres de la rivière Ancholme qui se jette dans le Humber, une barque creusée