Page:Nerciat - Félicia.djvu/39

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Cocuage ! bon, mais malheureux Monarque ! tes États sont immenses, tes sujets innombrables ; tu rends heureux par mille moyens différents tous ceux qui consentent à le devenir par toi ; cependant, la plupart sont des ingrats qui te maudissent, au lieu de te bénir ! quel aveuglement ! Sylvino te rendait plus de justice ! Depuis son retour, sa femme se comportait si bien à son égard qu’il ne doutait plus du bonheur d’être enfin au nombre de tes vassaux. Il n’avait garde d’en prendre de l’humeur. Béatin, qui n’oubliait pas ses soufflets, fit bientôt naître une occasion délicate… mais ce fut alors que l’admirable époux signala son esprit… sa générosité… Ô Sylvino ! que vous étiez un galant homme ! que vous vous conduisiez bien ! Que ne puis-je, en traçant votre éloge, inspirer à tous les cocus présents et à venir le bon sens de vous imiter.




CHAPITRE X


Plus vrai que vraisemblable.


Nous donnions à dîner à deux artistes nouvellement arrivés d’Italie et à l’ami Lambert. On était de la plus grande gaîté. Ma tante et moi, devant qui l’on oubliait un peu de se gêner, riions aux larmes de milles saillies très vives qui échappaient à ces messieurs. Nous fûmes interrompues par l’arrivée d’une lettre qu’apportait un commissionnaire : elle était pour mon oncle.

« Mes amis, dit-il après avoir secoué deux ou trois fois la tête en lisant, c’est une lettre anonyme, et c’est vous qu’elle regarde, madame, voyez. » Son ton n’avait rien d’effrayant ; cependant certaine mine, en remettant le papier, était de mauvais augure. Sylvina tremblait d’avance… elle ne put lire jusqu’au bout. Le fatal écrit tomba de ses mains ; une