Page:Nerciat - Félicia.djvu/56

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CHAPITRE XVII


Bonne volonté de Sa Grandeur. — Contre-temps.


« En honneur, petite Félicia, me dit le prélat un jour qu’il me trouva seule, vous n’êtes plus ici à votre place. Maintenant la belle tante vous nuit ; mais bientôt, friponne, vous allez lui nuire à votre tour. Il faut que je me mêle un peu de cela, que je vous sépare. Je suis l’homme de confiance : on fera tout ce que je conseillerai en vue du bien. Je veux vous dépayser. Qu’en dites-vous ? Je dois bientôt subir un exil de quelques mois dans mon diocèse ; la ville, à ce qu’il m’a paru, manque de ressources pour les plaisirs. Mais il y a spectacle, un concert passable : voudriez-vous, pour m’obliger, en être la première chanteuse ? On ne vous donnera point des appointements dignes de vos talents et de ce charmant minois, qui vaut à lui seul tous les talents du monde, mais je me charge d’y suppléer et de vous faire trouver, dans cette Sibérie, à peu près l’aisance et l’équivalent de vos plaisirs de Paris… Vous souriez ? Serait-ce de quelque maligne interprétation de ma bonne volonté ? Soupçonneriez-vous quel genre de reconnaissance je désirerais mériter de votre part ? Parlez avec assurance, belle Félicia, vous n’êtes plus une enfant… Je ne vois rien qui puisse vous empêcher de bien traiter un ami solide… qui… ne vous prierait de rien que d’agréable… de rien qui durât plus longtemps ; que vous ne pourriez vous-même vous en faire un amusement. Je me fais entendre ? Un rochet vous en imposerait-il ? Vous causerait-il quelque frayeur ? On est homme là-dessous… tout de même que sous l’habit le plus galant de vos jolis danseurs de l’Opéra… Si… vous saviez… comment un homme est fait… on pourrait… vous convaincre… qu’il n’y a entre les gens du monde et nous… aucune différence. »