Page:Nerval - Aurélia, Lachenal & Ritter, 1985.djvu/191

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J’avais résolu de ne plus vous écrire, Madame. Les lettres ne sont bonnes que pour les amants heureux. On admet l’incohérence dans les paroles ; mais les phrases écrites deviennent des témoins éternels. Je voudrais pouvoir anéantir toutes les lettres que je vous ai adressées ; votre indifférence m’aura peut-être rendu ce service ; mais le souvenir reste encore, et c’est trop. Combien n’en ai-je pas déchiré, pourtant ! J’en écris une vraie et sentie, mais dont la violence risquerait de vous effrayer ; puis une autre réfléchie et calculée, où je m’applique à vous paraître patient et raisonnable ; et ce n’est aucune des deux que je vous envoie, mais une troisième écrite à la hâte et parce qu’il faut en finir, faite avec les lambeaux des autres, où les phrases ne se suivent pas, où les idées se confondent, une lettre folle et blessante et qui défait tout mon ouvrage.

N’attendez pas de moi des phrases de roman ; je ne suis ni Saint-Preux, ni Werther ; ou plutôt,