Page:Noel - Dictionnaire de la fable, 1801, Tome 1.djvu/16

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viij PRÉFACE.

quels on pardonne aisément d’avoir embelli les traditions égyptiennes importées par Orphée et par leurs premiers législateurs. Après tant de siècles écoulés, c’est elle encore qui domine exclusivement sur le théâtre et sur le Parnasse, et le monde chrétien n’est pas moins idolâtre que les vainqueurs de Xerxès et les enfants de Romulus : c’est elle qui présente les fictions les plus poétiques, les allégories les plus riantes, les créations les plus ingénieuses, et qui fournit encore au crayon du poète, au pinceau du peintre, au ciseau du statuaire, les plus heureuses ressources. Et qu’on ne dise pas que ses couleurs sont fanées, que ses traits sont usés, que ses images sont ternies. Sans doute Voltaire eut raison de reprocher à Bernis l’abus qu’il en a fait ; mais lisez avec attention nos bons poètes, J.-B. Rousseau et Gresset entr’autres, et voyez quel parti sait en tirer leur génie guidé par le goût. Comparez l’étalage collégial des Saisons de ce même Bernis avec l’usage sobre et ingénieux qu’en vient de faire le chantre des Géorgiques françaises, et prononcez si cette mine est épuisée sans retour.

Mais faut-il, pour cela, interdire aux poètes le sanctuaire des autres mythologies ? et la poésie ne peut-elle trouver ailleurs des créations neuves et des images pi-